Georges Onslow : le « Beethoven » de la Toscane d’Auvergne

Au cœur de la Toscane d’Auvergne a vécu et créé l’un des compositeurs les plus singuliers du XIXe siècle : Georges Onslow. Surnommé le « Beethoven français » par ses contemporains, ce gentleman-farmer épris de musique a laissé une empreinte indélébile sur le paysage auvergnat, tant par son œuvre que par son attachement à cette terre qui fut la sienne.

Une œuvre romantique et intimiste

Né à Clermont-Ferrand en 1784 d’un père anglais exilé et d’une mère issue de la noblesse auvergnate, Georges Onslow a consacré sa vie à la composition. Si sa renommée fut européenne, il choisit de rester en Auvergne pour y puiser son inspiration, loin de l’agitation parisienne. Son catalogue est riche de plus de 80 opus, dominé par une abondante production de musique de chambre. Il excelle particulièrement dans les quatuors et quintettes à cordes, qui lui valent l’admiration des plus grands, de Mendelssohn à Berlioz.

Sa musique, empreinte d’un romantisme élégant et d’une grande maîtrise technique, se distingue par sa richesse mélodique et sa profondeur expressive. Un événement marquant de sa vie, un accident de chasse qui le laissa partiellement sourd en 1829, inspira l’une de ses œuvres les plus célèbres, le Quintette à cordes n°15, opus 38, surnommé « de la Balle ». Les mouvements de l’œuvre dépeignent avec une force saisissante les étapes de ce drame : la douleur, la convalescence et la guérison.

Bien qu’il se soit également essayé à l’opéra et à la symphonie, c’est dans le dialogue intime des instruments de chambre qu’Onslow a donné le meilleur de lui-même, laissant à la postérité une musique qui, après une période d’oubli, est aujourd’hui redécouverte et célébrée.

Les demeures d’un compositeur gentilhomme

L’attachement de Georges Onslow à l’Auvergne se lit aussi à travers ses lieux de vie, témoins de son statut et de son quotidien partagé entre la composition et la gestion de ses terres.

Le château de Chalendrat à Mirefleurs

Sur les hauteurs de Mirefleurs, le Château de Chalendrat fut la principale demeure de Georges Onslow de 1789 à 1833. C’est dans ce cadre imposant, hérité de sa famille, qu’il a composé une grande partie de son œuvre de jeunesse. Entouré d’un domaine qu’il affectionnait, il pouvait s’adonner à la composition et à sa passion pour la chasse. Aujourd’hui transformé en centre de vacances, le château conserve le souvenir de son illustre propriétaire.

Château de Chalendrat avec ses jardins restaurés (vue d’artiste)

Le château de Bellerive à Pérignat-sur-Allier : un rêve englouti

Plus tard, entre 1839 et 1841, Georges Onslow fit construire le château de ses rêves, Bellerive, sur la commune de Pérignat-sur-Allier. Cette demeure témoignait de sa réussite et de son désir de créer un lieu qui lui ressemble. Malheureusement, ce joyau du patrimoine local a été démoli en 1991, une perte considérée par beaucoup comme le symbole de la négligence envers l’héritage de ce grand compositeur auvergnat. Il ne subsiste aujourd’hui de Bellerive que quelques vestiges au milieu de l’Ecopôle du Val d’Allier, laissant un vide dans le paysage et la mémoire collective.

Le château de Bellerive, tel qu’il pourrait être aujourd’hui, s’il avait été conservé au milieu de l’Ecopôle (Vue d’artiste)

Un acteur engagé dans la vie locale

Loin de l’image de l’artiste reclus dans sa tour d’ivoire, Georges Onslow était profondément impliqué dans la vie de sa région. Malgré sa renommée internationale, qui aurait pu le conduire à s’installer dans les grandes capitales européennes, il a toujours privilégié son Auvergne natale.

Son engagement était civique : il fut maire et conseiller municipal, participant activement à l’administration de sa commune. Il joua également un rôle majeur dans la vie culturelle de Clermont-Ferrand, œuvrant pour son émancipation et soutenant généreusement diverses œuvres de bienfaisance.

Ancré dans son territoire, il n’hésitait pas à intégrer des thèmes du folklore auvergnat dans ses compositions, témoignant de son amour pour la campagne et la culture locale. Cet enracinement, combiné à son rayonnement international, fait de Georges Onslow une figure emblématique de cette Toscane d’Auvergne qui a nourri son art et sa vie.